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Place San Marco - Venise - Touriste

Avec la fin de l’été arrive le moment des bilans touristiques. Et pour estimer si la saison fut « bonne », l’ élément principal pris en compte est bien sur celui du nombre de visiteurs.
De nombreuses destinations européennes proches vont sans doute afficher des progressions significatives en cette année 2018.
Entre une situation politique pas tout à fait sereine dans certaines destinations traditionnelles et un sursaut économique européen, l’Espagne, le Portugal, l’Italie ou la France ont connu des flux touristiques très important.
Mais est ce le signe d’une bonne saison ? Pas pour tout le monde !

Tourist Go Home !

Ce qui était pendant longtemps une blague à Hawaii avec le célèbre autocollant  » Welcome in Hawaii, and now go home » est en train de trouver un écho planétaire !
Ce phénomène social de rejet du tourisme de masse s’est internationalisé en touchant de la même façon plusieurs villes dans le monde. Toutes ont en commun une fréquentation bien plus importante que ce qu’elles recevaient par le passé, en partie grâce ou à cause des plateformes de location entre particuliers.
Ces sites ont en effet ouverts l’accès à énormément de nouveaux logements, pour des prix plus abordables que les hôtels traditionnels, avec en effet induit une crise du logement pour les locaux.
Ceci amplifiant encore le phénomène de rejet comme à Barcelone où les habitants du centre ville pistent et rejettent les « maletas » ( les petites valises à roulette, classique des clients Air BnB).
Les slogans aussi violent que  » putain de touristes » fleurissent dans certaines rues montrant un ras le bos jamais atteint jusque là.

D’autant que ces villes et ces prix attirent en général une clientèle jeune, plutôt à la recherche des excès de la nuit que de la culture architecturale de la ville.
Et le constat est le même partout en Europe. Certains quartiers de Lisbonne ou Porto sont devenus inabordables pour les locaux, tant au niveau des loyers pour les nouveaux arrivants, que pour y résider à cause du bruit permanent la nuit. Amsterdam s’est aussi lancé dans une bataille juridique pour lutter contre ce type de location amenant une surfréquentation jugée comme destructrice.
Et que dire de villes qui ont surfé sur le côté fêtard pas cher comme certaines capitales de l’est de l’Europe, aujourd’hui débordées par les excès sans limite, destructeurs économiques car faisant fuir les autres formes de tourisme

Un front mondial

D’autres lieux dans le monde, sans connaitre le problème d’Air BnB, ont décidé de prendre le problème de la sur-fréquentation de front en limitant l’accès à leur territoire.
Cette démarche, déjà en place au Galapagos depuis longtemps pour des raisons évidentes de biodiversité à protéger. L’île de Paques vient de mettre en place le même fonctionnement avec un numerus closus de visiteurs acceptés en même temps sur l’île, afin de préserver l’équilibre.

Sans aller si loin, des villes et micros régions se posent les mêmes questions de limitation d’accès.
Ainsi les exemples italiens de Venise, Capri ou les villages des Cinque Terre sont symptomatiques de ce problème lié au tourisme de masse, faisant exploser la densité acceptable de personnes présentes en même temps dans un lieu inadapté. Que cela soit sur la place San Marco ou dans un village coloré d’Italie, le rejet est le même. Et l’affrontement locaux/touristes semble de plus en plus inévitables. Les premiers se sentant « parqués » dans des « réserves » ou ne pouvant plus se loger à cause des surenchères sur les logements destinés à la location pour les touristes. Touristes justement ne comprenant pas pourquoi une telle mise à l’index, eux qui viennent  » dépenser de l’argent » sur le territoire, sans percevoir le ras-le-bol inévitable.

Autre exemple édifiant, l’Islande. Comme le relate l’excellent article paru dans Courrier International, ce petit pays est devenu en quelques années la star du tourisme non conformiste….au point d’être aujourd’hui totalement dépassé par son succès. Et face à cette masse de touristes en recherche de pureté, d’authenticité et de clichés symboles, la population qui n’était pas préparée à ce flux atteignant 2 millions de visiteurs, d’où un sentiment de plus en plus agressif contre ces visiteurs venus admirer une nature qu’ils détruisent…Islande et tourisme de masse

En France aussi, la tourismephobie arrive

L’exemple du Mont Blanc et son accès limité ( certes pour des raisons avant tout de sécurité) va faire tache d’huile au près de destinations très hautement touristique mais dont les territoires sont limités ou fragiles. Ainsi en Corse, on parle de limiter ou fermer l’accès à des sites touristiques comme les Îles Lavezzi, les Aiguilles de Bavella ou la Réserve de Scandola. Le Mont Saint Michel envisage aussi un accès régulé alors que les centres villes de Bordeaux ou Marseille connaissent aussi les prémices de rejet.

Sans doute verra-t-on fleurir encore de nombreux exemples dans les semaines à venir. Et puisque la tourismephobie est maintenant médiatisée, il y a fort à parier qu’elle va trouver un écho encore plus fort.
Alors comment éduquer plutôt qu’interdire ? Et est-ce possible face au tourisme de masse ?

 

Photo : Pixabay