Plonger dans le monde médiéval n’a jamais été aussi fascinant qu’avec la nouvelle exposition TaPIXIe, dévoilée au Musée de la Tapisserie de Bayeux. Cette expérience bouleverse les codes traditionnels des musées, en faisant passer un chef-d’œuvre millénaire du fil brodé à l’étain peint à la main. Un pari audacieux et passionnant se concrétise : offrir une lecture totalement réinventée de la célèbre tapisserie, non plus sur une toile plate, mais grâce à une véritable armée de figurines minutieusement sculptées.
Sommaire
Une relecture tridimensionnelle d’un monument historique
Représenter la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant en version 3D n’avait encore jamais été tenté à cette échelle. L’équipe derrière le projet s’est attaquée à un défi étonnant : traduire la narration linéaire et graphique de la tapisserie médiévale en volume et en relief. Pour y parvenir, il ne suffit pas de reproduire ce qui est visible. Une étude approfondie a permis d’imaginer ce que cachent chaque scène ou personnage partiellement représenté sur la toile initiale.
Travailler sur une telle adaptation demande d’interpréter avec finesse les symboles historiques et d’inventer les parties parfois absentes ou suggérées dans l’œuvre originale longue de 70 mètres. Cela signifie concevoir non seulement le recto visible, mais aussi deviner l’envers des personnages et des décors, tout en respectant le style unique de cet objet inscrit à l’Unesco depuis 2007. Le résultat offre une perspective inattendue, fusionnant l’héritage historique avec la magie d’un univers presque vivant.
L’artisanat moderne au service de la tradition
Au cœur de cette aventure créative, les ateliers manient techniques artisanales et innovations contemporaines. Depuis la sculpture jusqu’à la peinture méticuleuse, chaque figurine Pixi nécessite un savoir-faire inspiré à la fois de la tradition des soldats de plomb et de l’univers coloré de la bande dessinée franco-belge. On assiste alors à un ballet de petites mains transformant le métal brut en scènes narratives saisissantes.
Pour donner vie à la première section de cette pièce géante, près de 1556 personnages et éléments composent dix mètres de diorama déjà présentés au public. Imaginés à l’échelle 1/2, ces objets prennent place dans une mise en scène foisonnante où chaque détail compte : attitudes, costumes, armes, animaux… Chaque fragment raconte une histoire, mêlant rigueur historique et créativité ludique.
Entre fidélité historique et licence artistique

Retranscrire la tapisserie en figurines oblige à réinterpréter certains choix de l’époque. Par exemple, la disposition serrée des personnages imposait une certaine part d’abstraction. Ainsi, pour représenter la traversée de la Manche, tous les protagonistes sont rassemblés à cheval, illustrant les limites mais aussi la liberté offerte par ce passage de deux à trois dimensions.
Des décisions similaires jalonnent l’ensemble du projet. La composition doit préserver l’esprit du Moyen Âge tout en intégrant des ajouts nécessaires pour compléter la narration visuelle. Ce dialogue constant entre fidélité et invention invite chaque visiteur à porter un regard neuf sur les événements de 1066 et sur leur représentation à travers les siècles.
La fabrication des figurines : quand la minutie devient spectacle
L’exposition propose aussi un voyage inédit dans les coulisses de la création : depuis la fabrication des moules jusqu’à la peinture finale, rien n’est laissé au hasard. Des projections révèlent des gestes précis, hérités d’une longue tradition artisanale, adaptés aujourd’hui à la reproduction de mondes imaginaires et historiques à la fois. L’introduction de techniques modernes, telles que l’impression 3D, permet d’accélérer la production tout en gardant l’âme de chaque pièce.
Ce processus intrigue autant qu’il émerveille, plaçant l’expertise humaine au centre du projet. C’est ainsi que naissance et résurrection de la tapisserie se conjuguent au présent, sous les yeux des curieux venus assister à cette transformation progressive.
L’univers Pixi : l’art du « Plomb Peint »
Fondée en 1982 par Alexis Poliakoff et Philippe-Antoine Guénard, la manufacture française Pixi a redonné ses lettres de noblesse à la figurine de collection. Loin du simple jouet, chaque pièce est une œuvre d’art miniature réalisée en alliage de plomb, fondue de manière artisanale et peinte entièrement à la main. La signature de la maison réside dans son style inimitable : un mélange de poésie et de précision, capable de capturer l’essence d’un personnage en quelques centimètres.
Initialement célèbre pour ses interprétations des icônes de la bande dessinée (Tintin, Spirou ou Astérix), Pixi s’est également illustrée dans la reconstitution historique. En s’attaquant à la Tapisserie de Bayeux, la marque relève un défi de taille : transposer le récit linéaire et textile de la broderie du XIe siècle en un univers tridimensionnel, offrant ainsi aux collectionneurs une immersion tactile dans l’épopée d’Hastings.
Une expérience immersive à plusieurs niveaux

Ceux ayant la chance de découvrir l’exposition se retrouvent face à une collection éclatante et accessible. Dès l’entrée, un accueil décalé attend petits et grands autour d’une mascotte XXL, offrant une touche d’humour avant de plonger dans les récits autour de Guillaume le Conquérant, de Harold et de la bataille d’Hastings.
Les vitrines alignent les séquences marquantes du récit, tandis que chaque figurine captive par sa pose expressive et son individualité. Admirer ces saynètes en trois dimensions invite à s’attarder, à comparer avec le modèle brodé et à s’imprégner des échos lointains de l’année 1066 sous un angle rarement exploré.
Innovation muséale et transmission patrimoniale
La démarche de transposer un trésor du patrimoine textile en sculpture contemporaine s’inscrit dans une volonté d’innovation muséale. En croisant différentes influences artistiques, le projet participe à renouveler le regard porté sur une œuvre étudiée depuis des générations. Il encourage également de nouveaux publics à s’intéresser à l’histoire normande, qu’ils soient amateurs d’art, collectionneurs de figurines ou familles désireuses de partager un moment original.
Prévue pour s’étendre progressivement jusqu’au millénaire de la naissance de Guillaume le Conquérant, cette aventure continue d’évoluer sous les regards. Les visiteurs suivent, d’années en années, l’avancée patiente de cette relecture ambitieuse, symbole du dialogue perpétuel entre le passé et le travail artisanal le plus actuel.
Plus d’infos sur le site https://www.bayeuxmuseum.com/

