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La réserve de Scandola perd son label

La nouvelle est presque passée inaperçue au niveau national tant l’actualité est occupée par la crise sanitaire du Covid 19.
Mais sur l’île de beauté et plus généralement pour les amoureux de la nature, la sanction dont fait l’objet la Réserve de Scandola à fait l’objet d’une véritable bombe.

Un espace unique en Europe

La Réserve de Scandola en Corse du Sud est une zone totalement protégée sur la commune d’Osani. Sur la côte ouest de l’île, entre le petit village de Porto et la région de Calvi, cette zone préservée de près de 2000 hectares ( 920 hectares à terre et 1000 hectares de surface marine).
Au cœur de cette réserve se trouve une zone exceptionnelle avec une protection encore plus rigoureuse, on parle de Réserve Intégrale.
Grâce aux efforts conjugués du Parc Naturel Régional de la Corse et de nombreux acteurs œuvrant pour la protection de l’environnement, cette région est devenue un temple protecteur pour la faune marine de méditerranée. Depuis 1975, elle protège , permet le repeuplement et la protection d’espèces en voie de disparation. A terre comme en mer, le travail effectué fut d’une telle qualité que l’Unesco à choisi de classer cette zone au Patrimoine Mondial.
Parmi les espèces sauvées à Scandola, on cite souvent les Mérous des profondeurs. Mais la plus emblématique se trouve à terre, ou plutôt dans les airs. Il s’agit du Balbuzard dont l’existence en méditerranée ne repose plus que sur quelques nids, dont certains à Scandola.

Un développement touristique mal encadré

La Réserve de Scandola

Le classement par l’Unesco a porté un coup de projecteur incontestable sur cette zone. Mais même sans cette reconnaissance internationale, la simple beauté naturelle incomparable des lieux aurai suffit à attirer les foules.
La Réserve de Scandola est l’une des zones touristiques corses les plus fréquentées de l’été.
Et même si l’accès ne peut se faire que par la mer ( pas de route ni de sentier) la pression est forte en pleine saison.
Trop forte même sans doute, à raison de plusieurs dizaines de compagnies de promenades en mer, plus ou moins respectueuses des règles de visite, mais aussi avec les très nombreux plaisanciers, les bateaux loués à la journée et les jet ski en randonnée, autant d’engins motorisés polluant et bruyant qui viennent gêner la nidification du fameux Balbuzard

La difficulté du développement et de la protection

Scandola est un véritable trésor. Personne ne peut le contester. Ni les protecteurs de l’environnement, conscients qu’il est impossible d’interdire l’accès, ni les exploitants locaux, dont la majorité des revenus dépend d’un accès facile à l’ensemble du domaine. Et comme souvent, cette difficile équation entre le besoin de préserver et la nécessité économique de développer semble impossible à résoudre sereinement.
Depuis quelques années, les tensions étaient de plus en plus fortes sur place, avec une saison 2019 marquée par plusieurs incidents.
Au point que les propriétaires des compagnies de promenades en mer ont choisi de signer une charte de bonne conduite des bateliers de Porto pour montrer leur volonté d’apaisement.

En parallèle, malgré les nombreux alertes des chercheurs depuis des années, le volet d’extension du domaine protégé n’avait pas beaucoup avancé. Et la sentence est donc tombé ce jour.

La perte du label européen

Le conseil de l’Europe à indiqué, dans un rapport du 30 mars, que l’ensemble des experts concernés par la Réserve avaient voté à l’unanimité la suppression du label “espace protégé”.
Les raisons principales sont l’absence de prise en compte des remarques négatives ainsi que l’absence de mesure visant à contrôler les flux humains et leur impact.
Après plusieurs mises en garde, l’instance européenne a donc tranché.
Elle a décidé de retirer, à partir de septembre 2020, son label européen d’espaces protégés, obtenu en 1985 !
Sur place, les réactions sont vives, même si de nombreuses associations de défense de l’environnement décrivent la décision comme prévisible.
Pour les responsables de la Réserve, c’est au contraire une sanction ne tenant pas compte des efforts, certes tardifs mais existants, fait par l’ensemble des acteurs. La région Corse fera sans doute appel de cette décision.